L’architecture anglo-normande des XIe-XIIe siècles

Dans la chapelle funéraire de Guillaume de Varenne et de son épouse Gundrada en l’église Southover Church de Lewes, on notera la présence d’un élément typique de l’architecture anglo-normande, à savoir la représentation à plusieurs niveaux d’arches entrecroisées ou sécantes. Ces dernières sont visibles au niveau de la grille d’entrée en fer forgé de la chapelle, mais également au niveau des murs de cette dernière qui ne date que du XIXe siècle.

Des arches entrecroisées sur les murs de la chapelle de Southover Church de Lewes
Des arches entrecroisées sur les murs
de la chapelle de Southover Church de Lewes

Ce motif très fréquent aux XIe et XIIe siècles en Angleterre (murs, fonts baptismaux) devait probablement orner aussi certains murs du prieuré de Saint-Pancras de Lewes fondé par Guillaume et Gundrada. Malheureusement détruit en grande partie sous Henri VIII, on n’en trouve plus de traces aujourd’hui, mais il est encore largement visible dans l’autre prieuré qu’ils ont fondé à Castle Acre en particulier au niveau de la façade occidentale de l’église. Moins ruiné que le précédent, nos arcs sécants y sont présents en maints endroits.

Eglise du prieuré de Castle Acre
La façade occidentale de l’église du prieuré de Castle Acre

Et ce n’est pas un hasard si on retrouve ce type de décoration aussi en Normandie, non pas à Bellencombre, le fief des Varenne, mais dans les environs proches. Il suffit de jeter un coup d’oeil aux églises romanes des environs de Dieppe sur la côte à Avremesnil, Blosseville-sur-Mer, Sainte-Marguerite-sur-Mer et plus à l’intérieur des terres à Vatierville.

Le clocher d'Avremesnil orné d'arcs sécants
Le clocher de l’église d’Avremesnil orné d’arcs sécants
L'abside de l'église de Sainte-Marguerite-sur-Mer avec ses arches entrecroisées
L’abside de l’église de Sainte-Marguerite-sur-Mer
avec ses arches entrecroisées
Le clocher de Vatierville récemment restauré avec son original décor à base d'arches sécantes
Le clocher de l’église de Vatierville récemment restauré
avec son original décor à base d’arches sécantes

Ce motif architectural a été usité dans toute la Normandie, mais à un degré moindre qu’en Angleterre où il a atteint son apogée avant de se répandre également en Ecosse, au Pays de Galles et au-delà…

En Angleterre, la désignation Art roman normand n’existe pas, elle se simplifie en Norman Art !

Sources :

Gaudefroy Ghislain. D’où venaient ces chevaliers normands qui ont émigré en Italie méridionale aux XIe et XIIe siècles ? Connaissance de Dieppe et de sa région, Editions Bertout, Luneray, n°71, octobre 1990, pp. 7-14.

Gaudefroy Ghislain. Le comté d’Eu au fil du temps. Editions Page de Garde, Elbeuf, 2003, 332 p.

Gaudefroy Lionel. L’art roman normand en Pays de Bray. La Boutonnière de Bray, Editions de la Société d’Histoire du Pays de Bray normand et picard, S.H.P.B., Gournay-en-Bray, tome 2, 2012, pp. 46-55.